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Cyril, le gamin au vélo et l’enfant universel

Actualité mise en ligne le 26 mai 2011

Carte blanche du Délégué général aux droits de l’enfant, Bernard De Vos, paru dans Le Soir du 24 mai 2011

Graine d’IPPJ. C’est ainsi que le dernier film de Jean-Pierre et Luc Dardenne a failli s’intituler. Pitbull a longtemps tenu la corde, mais finalement Le Gamin au vélo s’est imposé. Et c’est une chance. Peut-être pas en termes de communication de masse : les institutions publiques de protection de la jeunesse (IPPJ) reviennent périodiquement à la une des médias, le plus souvent pour dénoncer le travail de réinsertion des mineurs s’y trouvant. Une réalité qui stigmatise la jeunesse dans son ensemble, en flattant une opinion publique prête à se laisser séduire par les idées simples, voire simplistes. Pitbull aurait sans doute racolé le chaland et fait vendre pas mal de tickets de cinéma, en ramenant symboliquement Cyril (1) à la condition de chien. Car il existe, même dans notre pays, des animaux domestiques mieux traités que certains mineurs d’âge, et que ce sujet est malheureusement vendeur.

En choisissant Le gamin au vélo, c’est l’histoire de tous les enfants que les frères Dardenne nous racontent. Car Cyril est notre enfant. Le vôtre et le mien. Le fils d’un monde injuste et cruel, qui reproduit les inégalités, qui crée de nouvelles discriminations et qui se montre incapable d’agir efficacement sur les drames humains vécus par un nombre croissant de familles et d’enfants en situation de pauvreté ou de précarité inexplicables. Une pauvreté consternante lorsqu’on sait les richesses obscènes qui sont produites au quotidien en Belgique et de par le monde. Vous me direz que vos enfants n’ont rien à voir avec ce gamin dont la mère est invisible, que son père abandonne dans une institution pour refaire sa vie, que l’école semble avoir déjà relégué au banc des laissés-pour-compte. Un enfant pour qui les professionnels de la Jeunesse ou de l’Aide à la Jeunesse, avec toute l’estime qu’ils méritent pour le travail difficile qu’ils font au quotidien, ne peuvent en aucun cas remplacer la famille et ce qu’elle apporte à ses membres quand elle est solide et bienveillante.

Cyril incarne pourtant l’enfant universel : il n’a pas choisi de naître, il n’a pas choisi où il est né, il n’a pas choisi ses parents. Au moment où il vient au monde, Cyril est potentiellement Premier ministre, ingénieur, astronaute, pompier, sportif de haut niveau, médecin, avocat, journaliste, infirmier, professeur… Parce que les droits de l’enfant ne sont toujours pas respectés, pas plus en Belgique qu’ailleurs dans le monde, Cyril est dès lors aussi potentiellement mineur en exil, enfant soldat, enfant mis au travail, exploité sexuellement, mineur en décrochage scolaire ou délinquant. Ce « gamin au vélo » nous montre, avec justesse et subtilité, toute la violence qui est faite aux jeunes parfois très jeunes, même dans nos régimes dits « développés ». Il est, pour reprendre simplement les titres des précédents films des frères Dardenne, « l’enfant » de « Rosetta » et du « fils ». Ces mineurs pas ou mal accompagnés, passés entre toutes les mailles de tous les filets. Et l’on ne peut que s’interroger sur le comment notre société dite « civilisée » a pu permettre qu’ils soient si longtemps ballottés d’une structure à une autre, d’un service à une institution, sans qu’aucun réseau de solidarité suffisamment solide ne puisse se tisser autour d’eux pour leur éviter le pire. Le pire étant incarné par les adultes qui profitent de leurs

fragilités, de tous les manques et de tous les vides dont ils sont victimes (de père, de mère, d’éducation, d’accompagnement adéquat, et simplement d’amour) pour instrumentaliser leur condition de jeunes à des profits infâmes.

Il faut saluer le travail des Dardenne qui ont su montrer tous ces jeunes qui sont régulièrement jetés en pâture à l’opinion par certains médias sans scrupules, avec respect, en ne les privant pas de leur dignité humaine, tout en questionnant les choix politiques, économiques, éducatifs de notre société. C’est-à-dire, en renvoyant à ce qui a poussé ces enfants à devenir ce qu’ils sont devenus, plutôt qu’en les jugeant sur les actes qu’ils ont commis. Ce qui est la philosophie de base du système protectionnel de justice pour les mineurs tel qu’il existe en Belgique. Un modèle humaniste qui inclut le droit à une « deuxième chance ». La « promesse » de rencontrer une « Samantha » (3) pour rebondir dans la vie, d’être protégé de tous les « Wes » (4) rôdant aux alentours (et ayant pour certains fait un parcours similaire une génération ou deux plus tôt et étant donc aussi des victimes du système). La « promesse » de faire des excuses et qu’elles soient acceptées, c’est-à-dire de comprendre ce que l’on a fait et de pouvoir réparer. Sans être dépouillé de sa condition d’être humain, avec la perspective d’un devenir adulte citoyen. A cet égard, Le Gamin au vélo est un film solaire et sans concession, où l’espoir n’est pas construit sur le misérabilisme mais sur la solidarité et la générosité des rapports humains. Quand ils échappent à la tendance lourde du sauve-qui-peut et du chacun pour soi.

(1) L’enfant héros du film n’a pas 12 ans. (2) Le fils d’Olivier Gourmet tué par le jeune apprenti menuisier qu’il accueille dans son entreprise à sa sortie d’institution. (3) et (4) Samantha qui devient famille d’accueil pour Cyril et Wes qui l’entraîne dans un mauvais coup dans le dernier film des Dardenne.